RN2 : Sur la route de l’avenir entre Cayenne et Saint-Georges
Avec 25 000 véhicules par jour, la RN2 reliant Cayenne à Saint-Georges peut-elle devenir plus sûre et fluide d’ici 2027 ? Cette route nationale, essentielle au littoral guyanais, fait l’objet de deux chantiers d’envergure pour répondre à l’augmentation du trafic : l’un entre l’échangeur de Balata et le Palais Régional Omnisports Georges Théolade (Progt), l’autre après le pont de la Comté, avec la suppression de quatre virages dangereux. Ces travaux devraient réduire les accidents de 30 % et faciliter l’accès à Saint-Georges, un axe clé pour le commerce local. Batimag a visité ces projets, accompagné d’Hugo Sénéclauze et Émilie Mordacque, chefs de projets, ainsi que de Philippe Tesseyre, chargé d’opérations à la Direction Générale des Territoires et de la Mer (DGTM).
Le boulevard urbain de Balata au Progt Le tronçon de 2 km entre les giratoires de Balata et du Progt deviendra un boulevard urbain. « Ce ne sera pas qu’une route, mais une façade urbaine attractive des deux côtés, valorisant le territoire », explique Philippe Tesseyre avec une vision qui mêle fonctionnalité et esthétisme.
Le projet prévoit une RN2 à 2×2 voies, avec des carrefours à feux, une voie dédiée aux bus, une piste pour piétons et cyclistes dans chaque sens, et une voie supplémentaire aux carrefours principaux pour les usagers tournant à gauche. Quatre carrefours à feux seront créés, avec des arrêts de bus intégrés et des arbres tropicaux pour l’aménagement paysager. D’une largeur de près de 40 m, ce chantier coûte 45 millions d’euros. « C’est complexe car il se déroule sous circulation, avec de nombreux réseaux. Les travaux simultanés, comme l’oléoduc d’EDF PEI ou ceux de la Matourienne, ralentissent le trafic. En 2025, notre priorité est de réaliser les carrefours pour fluidifier la circulation », précise Émilie Mordacque. Avec un trafic croissant, développer les transports en commun, gérés notamment par la Communauté d’Agglomération du Centre Littoral (CACL), est essentiel. L’assainissement inclut deux bassins de rétention pour traiter les eaux de ruissellement et les pollutions liées au trafic, protégeant ainsi la rivière de Cayenne.
Initialement, la Collectivité Territoriale de Guyane (CTG) devait être maître d’ouvrage délégué, gérant le foncier et les expropriations. En 2023, elle s’est retirée, laissant l’État, via la DGTM, piloter les travaux.
Rectification des virages après le pont de la Comté Après le pont de la Comté, quatre virages serrés et accidentogènes jalonnent la RN2. Le projet redessine un tracé de 3 km, plus doux, à travers la forêt, tel un bistouri sur un fleuve à méandres. « C’est une rectification des virages pour plus de sécurité », détaille Hugo Sénéclauze, notre guide sur ce chantier. Démarrés en 2021 par Ribal TP, les terrassements s’achèvent en 2025. Le terrain, alternant talwegs et collines, a requis 260 000 m³ de remblais et déblais. « Une zone rocheuse a nécessité des tirs de mine. La Société des Carrières de Cabassou (SCC) a concassé sur place pour produire de la Grave Non Traitée (GNT), réutilisée localement – une opération rare, économique et écologique », ajoute-t-il. Pour préserver les criques, des buses de 3 m de diamètre ont été posées, surmontées de remblais massifs après purge de 40 000 m³ en fond de talweg. Un tapis drainant évacue l’eau sous le poids des remblais, avec un contrôle technique de la pression interstitielle (voir encadré).
Le circuit de l’eau : une priorité environnementale Trois bassins le long du tracé capteront les pollutions accidentelles, crucial près de la Comté et de sa zone de captage d’eau potable. Ces bassins protégeront la faune aquatique, notamment les espèces locales comme les caïmans nains, en évitant les pollutions pétrolières. Ginger (bureau d’études géotechniques) et Apave (Coordination Sécurité et Protection de la Santé, CSPS) assistent la DGTM. Fin décembre 2024, le tracé sera prêt, ne restant que le revêtement bicouche. « On touche au but ! D’ici 2027, la RN2 offrira un trajet plus sûr et fluide, un pas de géant pour la mobilité en Guyane », conclut Hugo Sénéclauze avant le retour à Cayenne.
Encadré : Qu’est-ce que la pression interstitielle dans les sols ? La pression interstitielle est celle de l’eau souterraine piégée dans les pores d’un sol ou d’une roche. Elle est mesurée par des piézomètres pour garantir la stabilité des remblais.
Adresse : Direction Générale des Territoires et de la Mer Rue du Vieux Port, 97300 Cayenne
Textes : Françoise Rassel | Photos : Ronan Liétar




