Une réglementation drastique requérant des dispositifs lourds et coûteux
Le désamiantage s’exécutant sous confinement et sous dépression mesurée, les bâtiments sont intégralement enveloppés. Des extracteurs amènent et canalisent l’air de l’extérieur vers l’intérieur de l’espace traité, 24h/24, afin d’éviter que l’amiante ne se disperse. D’ailleurs, des tests réguliers effectués par des bureaux de contrôle, en début, en milieu et en fin de chantier, vérifient qu’aucune particule ne circule aux abords du bâtiment.
Le désamiantage se fait en adduction d’air (protection optimale) ou en ventilation assistée, en fonction des empoussièrements. Ainsi, tels des plongeurs, les opérateurs sont reliés à une centrale d’air extérieure qui les alimente durant leurs interventions. Cette unité contrôlée en permanence, vérifiée et étalonnée chaque année peut alimenter quinze personnes. A cet appareillage se connectent des dispositifs prenant le relais en cas de coupure de courant.
Un harnachement complexe et des formations régulières
Le coût est fortement impacté par les formations et les remises à niveau requises (en métropole) pour tous les intervenants : encadrement technique, personnel de chantier, opérateurs…
Le matériel – masque adapté à la morphologie, combinaison, bottes… – est extrêmement coûteux et doit subir des contrôles en salle blanche menés par un expert habilité. D’autre part, à l’exception des bottes et de certains masques, l’ensemble des vêtements s’inscrit comme du consommable : à usage unique et traité ensuite comme du déchet pollué.
A l’issue de leur intervention, les opérateurs passent impérativement par un sas de décontamination où ils subissent deux douches (dont les eaux sont filtrées) afin de se débarrasser de tout résidu de fibre. Les déchets transitent par un sas spécifique où ils suivent une procédure de décontamination. Là, ils sont conditionnés, scellés et expédiés, selon une procédure appropriée, vers des installations de stockage pour déchets dangereux en métropole.
Un temps de travail restreint, adapté à la pénibilité et à la chaleur
La réglementation prévoit des interventions par vacation de 2h30 maximum (durée ajustée selon la pénibilité). Chaque opérateur peut totaliser trois vacations par jour, sans pour autant dépasser 6 heures. Le temps de vacation inclut l’habillage, le déshabillage et la décontamination, soit 1h30 sur les 6 heures permises. Et plus la température s’élève, plus le temps de travail se réduit (à cause de la pénibilité), voilà pourquoi les journées de travail doivent commencer tôt aux Antilles.
Tous les déchets liés aux matériaux inertes contenant de l’amiante (vêtements compris) sont triés selon leur nature et font l’objet de déclarations administratives permettant une traçabilité indispensable. Ils sont conditionnés et scellés dans des emballages appropriés, étiquetés selon les modalités prévues par la réglementation. Le producteur des déchets est tenu d’établir un bordereau de suivi de déchets d’amiante (BSDA). Cette procédure, présente tout au long de la filière, vient gonfler la gestion administrative complexe qui démarre bien avant le début d’un chantier et se termine avec l’enfouissement en exutoire (en métropole).
Quelle que soit la superficie à désamianter, les procédures, les contraintes et les dispositifs s’avèrent lourds, complexes et longs à installer. Il en découle un prix de revient au m2 extrêmement élevé qui peut freiner des particuliers, des entreprises privées et même les pouvoirs publics, maîtres d’ouvrage de nombreux bâtiments en attente d’un désamiantage avant rénovation ou démolition.
* Les protections sont efficaces jusqu’à un certain seuil. Au-delà d’un dégagement de 25 000 fibres/litre d’air, il est impossible de désamianter en toute sécurité. Cependant, des tests ont permis de retenir une méthodologie susceptible de réduire le taux de fibres générées en procédant par aspiration à la source, avec rotation ralentie des outils et travail sous nébulisation.