Crédits photos : Éveha

Lorsqu’un chantier de construction s’annonce – qu’il s’agisse d’une maison individuelle, d’une route, d’un lotissement ou encore d’un bâtiment public –, on imagine immédiatement les plans d’architecte, les engins de chantier et les ouvriers à l’œuvre. Mais avant que la première pierre ne soit posée, une étape souvent invisible mais capitale peut entrer en jeu : celle des fouilles archéologiques préventives. Obligatoires dans certains cas, elles garantissent que les traces du passé enfouies sous nos pieds soient préservées, documentées et étudiées, avant d’être potentiellement détruites par les aménagements modernes.

En Martinique, où le sol garde la mémoire d’un riche passé amérindien, colonial et post-esclavagiste, ces fouilles revêtent une importance particulière. Elles constituent à la fois un frein apparent pour certains projets d’aménagement et une opportunité unique de mieux comprendre l’histoire du territoire.

Évaluer l’impact d’un projet sur le patrimoine

Le rôle premier de l’archéologie préventive est d’évaluer l’impact qu’un projet de construction pourrait avoir sur d’éventuels vestiges. L’objectif est de déterminer si un risque existe – avéré ou supposé – que des vestiges soient présents sur l’emprise du projet.

Si tel est le cas, une prescription de diagnostic archéologique est émise. Celle-ci ouvre la voie à une opération menée le plus souvent par l’INRAP (Institut National de Recherches Archéologiques Préventives), principal opérateur public habilité en Martinique. À l’issue de cette étape, un rapport complet est remis à la Direction des Affaires Culturelles (DAC).

Entre impératifs de construction et contraintes financières

Cette procédure n’est pas toujours simple à mettre en œuvre, notamment sur le plan financier. En Martinique, le diagnostic initial n’est pas systématiquement financé par les aménageurs eux-mêmes. Lors du dépôt d’un permis de construire, une redevance d’archéologie préventive est prélevée, et celle-ci permet de couvrir tout ou une partie des opérations par l’intermédiaire de l’État.

Mais en pratique, les moyens de l’INRAP restent limités, ce qui peut entraîner des délais d’attente parfois longs. Ces délais, mal anticipés, peuvent retarder des projets et générer des tensions entre aménageurs et autorités patrimoniales.

Du diagnostic à la fouille

Lorsqu’une fouille est prescrite, la DAC émet un arrêté préfectoral de prescription puis un cahier des charges scientifique et technique. L’opérateur archéologique agréé devra y répondre. Sa proposition sera évaluée par la DAC.

En Martinique, trois opérateurs sont habilités à mener ces fouilles : l’INRAP et deux opérateurs privés agréés. L’aménageur choisit l’un d’entre eux, qui propose alors un projet scientifique d’intervention. Ce projet est soumis à la DAC, qui évalue la conformité entre la demande et la proposition. Une fois les fouilles achevées, le terrain est restitué et les objets prélevés entrent dans une nouvelle phase d’analyse.

Exemple concret : les fouilles du Club Med de Sainte-Anne

Le chantier d’extension du Club Med à Sainte-Anne illustre parfaitement l’importance de ces interventions. Lors du dépôt du permis de construire, le diagnostic a révélé un potentiel archéologique lié à des occupations amérindiennes. Sur cette base, une fouille préventive a été prescrite en 2022 sur une surface de 7 000 m².

Les résultats ont confirmé les hypothèses initiales. Plusieurs structures attribuables à différentes phases d’occupation amérindienne ont été mises au jour. Les découvertes les plus remarquables concernent deux types de vestiges :

des sépultures humaines, dont certaines ont été en partie endommagées par la montée du niveau des eaux

des puits destinés à capter et gérer l’eau douce, ressource rare dans cette zone.

La fouille a également livré un mobilier archéologique riche – céramiques, squelettes animaux, objets divers – dont certains semblent avoir été déplacés par des phénomènes naturels violents, comme des cyclones ou des tsunamis. Des analyses complémentaires

(merci de légender les photos) | Textes : Marlène François

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