Jungle Architecture Group, JAG comme jaguar, fin connaisseur des grands bois, dont le territoire dépasse les frontières guyanaises. Franck Brasselet, architecte DPLG, est le fondateur et toujours le poto mitan de JAG. Quand Batimag l’a rencontré en début d’année, Franck Brasselet préparait une exposition au Grand Palais à Paris sur la filière bois en Guyane : une vingtaine de maquettes de projets significatifs en bois sur le territoire guyanais, voire caribéen, accompagnées des principaux acteurs de la filière.
Le parcours professionnel de Franck Brasselet débute en Guyane il y a 35 ans. En 2025, il totalise 400 références à son actif, dont 20 projets en cours, parmi lesquels la future Cité Policière, prête à l’emménagement fin 2025. « C’est le gros bébé de JAG, la première cité policière du territoire français. Tous les services y sont regroupés, du RAID à la brigade cynophile… Je travaille principalement sur des projets du secteur tertiaire. Actuellement, je mène un projet sympa : le CDPS* de Camopi, village amérindien Teko et Wayãpi sur le fleuve Oyapock », explique-t-il.
Collège 600, Apatou
Ce collège se compose d’un bâtiment principal pour l’administration, intégrant la demi-pension et des logements de fonction (structure mixte bois-béton), et de 19 salles de cours à ossature bois, disposées en bande, isolées les unes des autres et reliées par une passerelle. Sur ce site relativement isolé, une partie de la structure a été préfabriquée. Une dalle O’portune équipe une portion du plancher.
Maître d’ouvrage : Conseil régional de Guyane (Cayenne, 973).
Architecte mandataire : JAG (Rémire-Montjoly, 973).
Architecte associé : Cottalorda / Peres (Cayenne, 973).
Surface couverte : 6 538 m² SP.
Montant global des travaux : 12,3 M€ HT.
Montant du lot bois : 5 M€ HT.
Hall sportif et salle polyvalente à Papaïchton
Mentionné au Prix Climats Chauds des Green Solutions Awards France 2022-2023, ce projet dessert le collège existant de Papaïchton, site isolé sur le fleuve Maroni. Inspiré des palmes de cocotier – longue portée, économie de matériau, rapport solidité/souplesse –, il s’inscrit dans une approche biomimétique. Il comprend deux entités distinctes :
Le plateau sportif couvert : aire de jeu, vestiaires, stockage et bureau.
La salle polyvalente : grande salle (réfectoire potentiel), cuisine, locaux pour le personnel et sanitaires.
Il repose sur :
Une conception bioclimatique, avec autonomie lumineuse et ventilation naturelle.
Une minimisation de l’empreinte carbone grâce à du bois local, prélevé à Papaïchton même, stockant un volume significatif de CO2.
Un faible impact environnemental : terrassements limités, sols perméables via la préservation de la végétation, la végétalisation des abords et de l’entre-deux bâtiments, et des parkings en evergreen. Les sols pleine terre évitent la surchauffe en conservant l’humidité, réduisent l’effet d’albédo des surfaces artificialisées et limitent le ruissellement en saison des pluies, soutenus par un aménagement paysager avec noues et végétaux stratégiques.
Maître d’ouvrage : Collectivité Territoriale de Guyane (Cayenne, 973).
Encadré : Qu’est-ce que des noues paysagères ? La noue paysagère, petit fossé végétalisé aux pentes douces, recueille l’eau de pluie et de ruissellement pour la laisser s’infiltrer, rechargeant les nappes phréatiques et prévenant l’assèchement des sols. En architecture, une noue désigne la rencontre de deux pans de toiture en angle rentrant, canalisant les eaux vers l’égout.
Pour en savoir plus sur la QEA
La démarche QEA (Qualité Environnementale Amazonienne), adaptation de la HQE® au contexte guyanais, guide les maîtres d’ouvrage vers une construction durable. L’expérience locale et la connaissance des acteurs du bâtiment ont permis d’ajuster ses 14 cibles et son management aux réalités amazoniennes, condition sine qua non d’une appropriation réussie.
Elle élargit les réflexions sur la durabilité en Guyane, incitant les concepteurs à innover via :
Une prise en compte accrue du site (extérieur) et de l’humain (intérieur).
Une maîtrise énergétique rigoureuse, dite négawatt, fondée sur sobriété, efficacité et ressources renouvelables.
La préservation de la biodiversité et des ressources naturelles.
Le développement local.
La réduction des pollutions (air, eau, sols).
Un confort optimisé, y compris en extérieur.
Une réelle prise en compte de l’influence de l’environnement bâti sur la santé, en construction comme en usage.
Textes : Françoise Rassel | Photos : JAG





