Après un ralentissement en 2024 dû à des difficultés techniques liées à la nature instable des sols, le chantier du nouveau pont du Larivot, sur la RN1, reprend son élan en 2025. Ce projet titanesque, estimé à 200 millions d’euros, ambitionne de doubler le franchissement de l’estuaire de la rivière de Cayenne avec un nouvel ouvrage situé à 40 mètres en aval du pont actuel, près de la pointe Liberté et du port du Larivot. Il s’accompagne de raccordements aux infrastructures existantes sur la rive droite à Matoury et la rive gauche à Macouria, ainsi que d’un réseau d’assainissement pluvial pour gérer les eaux de ruissellement. Une fois terminé, attendu pour mi-2026 selon la DGTM (Direction Générale des Territoires et de la Mer), le nouveau pont accueillera le trafic de Cayenne vers Kourou, tandis que l’ancien, rénové d’ici 2027, sera réservé au trajet inverse. Ce système 2×2 voies vise à fluidifier cet axe essentiel, saturé par une circulation croissante entre la capitale guyanaise et le Centre Spatial de Kourou, réduisant les temps de trajet de 20 % et dynamisant l’économie locale.
Encadré : Les caractéristiques du pont du Larivot
1 300 m de long sur 20 travées.
19 piles architecturées en rivière, posées sur des semelles immergées avec 4 pieux en béton armé ancrés dans le rocher.
429 voussoirs, dont 55 sur piles (VSP) et 2 sur culées (VSC).
Tablier monocaisson en béton précontraint, de hauteur variable, avec voussoirs préfabriqués posés par encorbellements successifs.
Une construction par encorbellement en marche
Lancé en 2021 avec les travaux préparatoires (marchés notifiés dès 2021-2022), ce chantier a franchi une première étape en novembre 2023 avec la mise en service du giratoire de Belle Humeur. Aujourd’hui, l’ouvrage principal prend forme grâce à la technique de l’encorbellement, une méthode où les voussoirs – tronçons préfabriqués en béton armé – sont posés en porte-à-faux de part et d’autre des piles, symétriquement. Pour le Larivot, ces 429 éléments, pesant entre 60 et 90 tonnes chacun, sont fabriqués sur un site dédié à Cogneau-Larivot, doté d’une centrale à béton. Les voussoirs, transportés sur le tablier en construction, sont installés à l’aide d’une poutre de lancement – une structure impressionnante de 155 mètres, 12 mètres de haut et près de 500 tonnes. Chaque voussoir est ensuite solidarisé aux précédents par des câbles de précontrainte en acier, formant un tablier monolithique robuste, comme un jeu de mécano géant. En 2025, le chantier progresse de Matoury vers Macouria, donnant vie à cet ouvrage d’envergure.
Les fondations : un défi géotechnique majeur Les fondations restent le cœur du défi. « En 2024, la nature hétérogène des sous-sols – sols vaseux, argiles molles et roches altérées – a freiné l’ancrage des pieux, forés parfois jusqu’à 40 mètres », explique Thierry Jolly, chef du service Infrastructures et Transports à la DGTM. Barges et estacades provisoires, installées dès 2023 pour travailler dans les mangroves, ont permis de poursuivre les forages, mais la variabilité du rocher a nécessité des études géotechniques approfondies.
Une ambition environnementale affirmée Ce projet s’inscrit dans une ambition environnementale stricte. Les préchargements sur les rives, achevés en 2024, ont stabilisé les sols avant le lancement du tablier, tandis que les ouvrages d’assainissement protègent la rivière de Cayenne des pollutions routières. Inspiré de techniques éprouvées, comme celles du pont de la Nouvelle Route du Littoral à La Réunion, le Larivot adapte ces principes au climat tropical guyanais, entre humidité, mangroves et biodiversité sensible.
Symbole d’innovation et de développement durable, le pont du Larivot s’impose comme une prouesse du BTP guyanais, prêt à transformer la mobilité régionale cette année.
Photos : Ronan Liétar | Textes : Françoise Rassel










