En 2024, le barrage de Petit-Saut a célèbré ses 30 ans d’existence, un symbole d’énergie durable en Guyane. C’est au début des années 1980 que sa construction a débuté, face à des besoins énergétiques croissants. Situé sur le fleuve Sinnamary, entre les communes de Sinnamary et Saint-Élie, son emplacement a été choisi pour un resserrement naturel du cours d’eau, propice à l’ouvrage. Il se trouve en amont, à près de 60 km de l’estuaire, 50 km de Kourou et 110 km de Cayenne.
Transformer un écosystème fluvio-forestier en lac artificiel n’a pas été sans impact sur la nature, soulevant d’importants enjeux environnementaux. Pour anticiper et limiter ces effets, des études ont été menées avant la mise en eau : recherches archéologiques sur la zone de la future retenue, inventaires de la faune et de la flore, et analyses de l’écosystème forestier et fluvial. Par exemple, la mise en eau a affecté des espèces comme les poissons migrateurs du Sinnamary, mais des mesures ont été prises pour préserver la biodiversité. Ces travaux, publiés dès le début des années 80, ont offert une base solide pour comprendre le milieu.
Dès le lancement du chantier, le Laboratoire Environnement de Petit-Saut a vu le jour. Géré par le bureau d’études privé Hydréco et financé par EDF, il réunit des équipes de recherche universitaires, des organismes français et des partenaires étrangers. Puis, au début des années 1990, le Comité Scientifique du barrage, présidé par Jacques Lecomte (Conseil National de la Protection de la Nature) et Robert Delmas (CNRS), a pris les rênes pour coordonner les études et le suivi écologique. Ces recherches ont porté sur la qualité de l’eau et les émissions de gaz à effet de serre. Avec une retenue de 310 km² (environ 16 km de long sur 19 km de large), ce lac artificiel est le plus vaste de France. Mis en service en 1994, il fournit l’électricité à deux tiers des foyers du littoral guyanais.
Le barrage de Petit-Saut côté technique
Retenue d’eau de Petit-Saut Le lac de Petit-Saut affiche une profondeur moyenne de 11 mètres, atteignant 35 mètres près du barrage. La gestion des crues maintient le niveau d’eau entre 29,5 et 35 mètres. Cette retenue, d’une superficie de 365 km², est parsemée d’îles totalisant 105 km². L’eau y réside environ 6 mois avant de s’écouler.
Parement avant en amont en béton armé Le parement amont, d’une épaisseur variant entre 1m20 et 1m50, est conçu en bentonite-ciment pour garantir l’étanchéité. Exposé aux fortes contraintes mécaniques du réservoir, il est surveillé par des dispositifs comme les vinchons, qui mesurent ses déformations. Des infiltrations traversent cette structure, mais un système de drains les redirige vers l’aval pour éviter tout dommage.
Béton compacté au rouleau Le BCR (béton compacté au rouleau), mélange de granulats et de ciment riche en cendres, assure la stabilité du barrage. Appliqué en couches de 30 cm, chaque niveau est tassé au rouleau compresseur. Cette technique rapide et durable utilise le parement en amont comme coffrage pour le BCR.
Profil poids Le barrage de Petit-Saut repose sur un profil poids : sa masse seule équilibre la pression de l’eau. Cette pression horizontale, exercée par le réservoir, atteint environ 3,5 bars à la base de l’ouvrage, qui la contre par son poids.
Plots et joints de contraction Le parement est segmenté en plots verticaux indépendants de 20 mètres, séparés par des joints de contraction extensibles et compressibles. Ces joints maintiennent l’étanchéité entre les plots, s’adaptant au refroidissement du béton.
Voile d’étanchéité Sous ses fondations, le barrage repose sur le granit de Petit-Saut, imperméable et incompressible. Malgré cela, la couche superficielle du granit a été décapée, et ses microfissures comblées par des injections de ciment sous pression, formant un voile d’étanchéité.
Galerie L’eau s’infiltre à travers le béton, riche en calcite, affectant fondations et parement. Un réseau de tubes draine ces infiltrations vers une galerie. Des outils comme le débitmètre et les cellules piézométriques surveillent ce phénomène dans les fondations.
Les turbines Le barrage actionne 4 turbines Kaplan de 35 MVA, pour une puissance de 116 MW et une production annuelle de 560 GWh.
Visiter le barrage de Petit-Saut L’Association pour la Découverte Scientifique de Petit-Saut organise des visites le matin en semaine, ouvertes à tous. La route de Petit-Saut étant interdite sans dérogation, prévoir 3 semaines pour les démarches. Infos : Tél. 0594 32 66 91 – Mail : – Site :
Trente ans après sa mise en service, le barrage de Petit-Saut reste un pilier de l’énergie guyanaise, alliant prouesse technique et découverte de la nature amazonienne.
Textes : Katy Vulpillat | Photos : EDF, Ronan Liétar, Kat V






